Betrayal : L’ombre de soi-même vue par Pinter !

Tom Hiddleston (Robert), Zawe Ashton (Emma) and Charlie Cox (Jerry) in Betrayal at the Harold Pinter Theatre (London) - © Marc Brenner

Un peu plus de 40 ans après sa première anglaise, Betrayal revient sur les planches du Harold Pinter Theatre du 6 mars au 1er juin 2019 avec une mise en scène de Jamie Lloyd.

Le West End londonien regorge de pépites mais c’est sur Betrayal que nous avons jeté notre dévolu. Mise en scène de manière contemporaine et minimaliste par Jamie Lloyd, cette pièce revient non sans émotions sur les relations humaines et leurs non-dits.

Tom Hiddleston (Robert), Zawe Ashton (Emma) and Charlie Cox (Jerry) in Betrayal at the Harold Pinter Theatre (London) - © Marc Brenner
Tom Hiddleston (Robert), Charlie Cox (Jerry) & Zawe Ashton (Emma) dans Betrayal | © Marc Brenner

La pièce

BetrayalTrahisons en français – est une pièce directement inspirée de l’expérience personnelle d’Harold Pinter. En effet, lui-même a eu des relations extra-conjugales qui se reflètent à travers cette oeuvre un peu particulière puisqu’elle débute deux ans après qu’Emma et Jerry aient mis un terme à leur liaison pour se clore aux origines de celle-ci. Mais ne dit-on pas qu’un « vrai livre se termine là où il doit commencer » ?

À travers des mots simples et vifs, Betrayal s’attarde sur la relation des deux amants mais aussi sur leur entourage. Sont omniprésents l’importance de la famille, l’amitié indéfectible de Jerry pour Robert, le mari d’Emma, ainsi que la désillusion de ce dernier face aux trahisons, le tout, en environ 90 minutes.

Pour interpréter Emma, Jamie Lloyd a porté son choix sur Zawe Ashton. Récemment apparue dans la série Netflix Velvet Buzzsaw aux côtés de Jake Gyllenhaal, elle a aussi joué dans St Trinians 2. Le duo de meilleurs amis est quant à lui interprété par Charlie Cox (Une merveilleuse histoire du temps | Daredevil) dans le rôle de Jerry et Tom Hiddleston (Crimson Peak | Only Lovers Left Alive) dans celui de Robert. 

 Zawe Ashton (Emma), Charlie Cox (Jerry) and Tom Hiddleston (Robert) in Betrayal at the Harold Pinter Theatre (London) - © Marc Brenner
Zawe Ashton (Emma), Charlie Cox (Jerry) and Tom Hiddleston (Robert) dans Betrayal | © Marc Brenner

Décor minimaliste pour une superbe mise en scène

En restreignant les décors à deux chaises, une table, un plateau tournant et un mur, Jamie Lloyd oblige le spectateur à faire preuve d’imagination. Si ce fait peut être déroutant pour certains, il ne l’est pas pour nous qui avons l’habitude de ce genre de choix. Seul objet délimitant la scène, le mur se fait aussi oppressant que libérateur. En limitant les comédiens dans leur espace de jeu au moment clé, il resserre l’atmosphère, ne permettant plus qu’une concentration sur les corps tendus, tandis qu’en reprenant sa place initiale, il libère les ombres.

Et les ombres parlons en justement. Les jeux d’ombres soignés sont superbes, habillant chaque scène d’une atmosphère à la fois singulière et intime. Tantôt, ils nous renvoient l’impression que la présence de Robert plane autour des deux amants. Tantôt c’est la solitude de cet homme qui transparaît alors que l’ombre d’Emma est projetée non loin de lui, tel un lointain souvenir de leur relation. Visibles ou ombragés, chaque corps a une disposition spécifique traduisant les non-dits du trio et la présence continuelle de chacun dans les esprits.

Appréciable aussi le plateau tournant tel les aiguilles du temps filant au gré des liaisons et trahisons. On retient notamment une scène. Tandis qu’Emma et Jerry discutent au centre du plateau, assis sur une chaise, Robert, son enfant dans les bras, tourne autour d’eux, semblant complètement impuissant face aux événements. Ainsi, il semble vouloir coûte que coûte se raccrocher à ce qui représente le mieux sa famille.

Tom Hiddleston (Robert), Zawe Ashton (Emma) and Charlie Cox (Jerry) in Betrayal at the Harold Pinter Theatre (London) - © Marc Brenner
Charlie Cox (Jerry) ainsi que Tom Hiddleston (Robert) & Zawe Ashton (Emma) sous forme d’ombres dans Betrayal | © Marc Brenner

Betrayal : une pièce tout en émotion

Quelle plus belle manière d’intensifier les émotions que d’impliquer l’absent dans les scènes des autres ? Ainsi, Jamie Lloyd implique davantage le personnage de Robert. Peu présent dans l’oeuvre originale, son omniprésence l’oblige ici à devenir le propre spectateur des trahisons de sa femme et son meilleur ami. Ce choix donne d’ailleurs l’impression de découvrir la relation d’Emma et Jerry à travers les yeux de Robert, et inversement.

Poussant sa réflexion plus loin encore, le metteur en scène inclut parfois Robert dans les scènes où les deux amants batifolent. Une situation quelque peu comique puisque, si l’on est parfaitement conscient de son absence, lui brille par sa présence. Évidemment, Tom Hiddleston a parfaitement compris ce qu’on attendait de lui et n’hésite pas à réagir aux paroles de ses compères. Colère, aversion, tristesse, tout se manifeste à travers son regard ou un geste sans qu’il n’ait à ouvrir la bouche.

Zawe Ashton et Charlie Cox sont exactement dans la même posture, jouant tantôt d’expressions faciales, tantôt de réactions physiques. En somme, le trio fonctionne parfaitement, nous faisant passer du rire aux larmes en un claquement de doigt.

 Zawe Ashton (Emma) and Tom Hiddleston (Robert) in Betrayal at the Harold Pinter Theatre (London) - © Marc Brenner
Zawe Ashton (Emma) et Tom Hiddleston (Robert) dans Betrayal | © Marc Brenner

Betrayal c’est aussi différentes phases de l’amour. Avec Emma et Jerry, on retombe dans l’insouciance d’une relation naissante. À l’opposé, Emma et Robert déchantent et se déchirent. Les corps se cherchent, puis se repoussent. Les visages se tendent. Le désir s’évanouit. On le voit d’ailleurs explicitement lors d’une transition où le couple s’embrasse, cherchant précipitamment le contact de l’autre avant d’y mettre brutalement fin. À noter que le consentement implicite entre les comédiens, apporte une certaine douceur à cet instant déconcertant. Enfin, les silences du trio en disent long sur les non-dits de chacun face aux événements.

Nos conseils 

On préfère vous mettre en garde sur le fait que les oeuvres d’Harold Pinter sont influencées par le travail de Samuel Beckett. Il se peut donc qu’apprécier la pièce à sa juste valeur soit difficile car les nombreuses pauses dans les dialogues peuvent engendrer des longueurs. Dans le cas contraire, si vous êtes amateur•ice du théâtre de l’absurde, foncez car nous ne nous sommes pas ennuyées une seule seconde.

Par ailleurs, si vous n’êtes pas bilingue, n’hésitez pas à vous procurer la pièce avant votre voyage. Bien que le texte soit en anglais courant, la lire en amont permet d’éviter les problèmes de compréhension. En plus, elle est très courte et se lit en un rien de temps, et ce, notamment grâces aux courtes répliques permettant un enchaînement agréable. Pour notre part, nous l’avons lu en français – non bilingue – et avons tout compris sur place. Avis aux lillois qui comptent faire le voyage, si vous ne souhaitez pas vous ruiner, Trahisons est disponible (en VF) dans deux médiathèques de la MEL.

images du n° spécial de : "L'avant-scène théâtre" | 1982 | Médiathèque Jean-Lévy, Lille
Images issues du n° spécial de : « L’avant-scène théâtre » | 1982 | Médiathèque Jean-Lévy, Lille

Et vous, comptez-vous aller voir Betrayal au Harold Pinter Theatre de Londres ? 

2 Replies to “Betrayal : L’ombre de soi-même vue par Pinter !

  1. I will immediately grab your rss as I can not in finding your e-mail
    subscription link or newsletter service.
    Do you’ve any? Please allow me understand in order that I may
    subscribe. Thanks. I couldn’t resist commenting.
    Exceptionally well written! I have been surfing online
    more than 4 hours today, yet I never found any interesting article
    like yours. It is pretty worth enough for me.
    In my opinion, if all web owners and bloggers made good content as you
    did, the web will be much more useful than ever before.

    1. Thank you for this wonderful comment. I’m very happy and touched that you like my review.

      Unfortunately, we haven’t yet set up a newsletter. As you are many to ask us, we will seriously think about it. Do you want us to let you know when we have it in place? If yes, send us an email at contact@insouciantesmag.com

      Have a good day !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.